Savez-vous parler brésilien ?

Savez-vous parler Brésilien ?

 

 

 

A Buenos-Aires dans le salon de mes amis, j’écoute un disque de Chico Buarque. Je ne comprends rien de ce que chante ce Brésilien. Rien de rien. J’écoute attentivement... Je veux m’imprégner de cette impression : je ne comprends rien. Je veux m’en souvenir. Car peut-être que dans quelques temps cette langue ne me sera plus si étrangère…

 

 

 

  *  *  * 

 

 

 

Expression de l’optimisme de ce peuple souriant, la première chose qu’on apprend à dire au Brésil est Tudo Bem ! : tout va bien. Ça sonne comme une chanson populaire qui passe de bouche en bouche dans la rue, et qu’on accompagne en levant le pouce pour bien montrer que ça va super. Et l’on sourie, cela va de soi. C’est aussi en faisant ce signe du pouce, qui rend  n’importe quel inconnu tout de suite sympathique, qu’on dit merci : Obrigado.

 

 

Apprendre le Brésilien après l’Espagnol est relativement facile, et très intéressant. Les parentés entre le Portugais, l’Espagnol et le Français ne cessent de m’enchanter. Bien sûr il y a plein de mots très proches ou identiques au Français ou à l’Espagnol. Mais le plus passionnant ce sont les légers glissements d’une langue à l’autre qui donnent des clefs pour pénétrer le coeur secret des mots, qu’on avait jusque là ignoré. D’une langue à l’autre les mots s’enfilent comme des perles pour faire de beaux colliers de fleurs latines. Et encore plus si l’on est passé par le Castellano argentin.

 

Exemple : tous les pays hispanophones disent tu pour “tu”, mais les Argentins, eux, disent Vos. Et bien en Brésilien, “tu” se dit Você, ce qui pourra choquer un Espagnol fraîchement débarqué du primer mundo, mais pas quelqu’un qui vient de l’autre rive du Rio de la Plata.

 

Ou encore : les Argentins sont les seuls à prononcer les doubles-L et les Y “ch” et non “ie”. Ainsi Yo llegué ayer bajo la lluvia (je suis arrivé hier sous la pluie) se dira en Argentin : cho chégué achèr barho la chubia. Donc, llamar (“appeler”) et llegar (“arriver”) se prononcent chamar et chégar en Argentine. Et en Brésilien s’écrivent... chamar et chegar.

 

Déjà” se dit ya, en Espagnol. Pas grand chose à voir... Mais dites-le à la manière argentine : cha, et vous ne serez plus très loin du Brésilien : jà. 
Y
a – cha – jà –
déjà... la boucle est bouclée !

 

Une autre : la plupart des mots qui s’écrivent avec un H en Espagnol s’écrivent avec un F en Brésilien. Herramienta (“outil”) sera donc Ferramenta. Je comprends maintenant pourquoi farine se dit harina en Espagnol : c’est fariña en Brésilien.

Quoi de commun entre “oiseau” et sa traduction espagnole pajáro ?
Et bien le Portugais passáro... à rapprocher de notre “passereau”.

 

De nombreux mots qui s’écrivent avec un L en Français prendront un R en Brésilien : branco pour “blanc”, escravo pour “esclave”, praia pour “plage”, et bien d’autres. On comprend alors que quand un Brésilien vous dit Obrigado il vous dit en fait : “je suis votre obligé”. Vous l’aurez donc deviné : quand une Brésilienne vous dit “Merci” elle vous dira... Obrigada !


 

Mais le  Brésilien n’est pas attendrissant que pour ses ressemblances avec le Français. Pour ses différences aussi. Et d’abord et surtout pour sa prononciation, si particulière et déroutante (comme pour toute langue). Tous les DI et tous les DE en final de mots se prononcent dji, et tous les TI et tous les TE en final de mots se prononcent tchi. C’est pour ça que c’est une langue qui chuinte tant.


Este restaurante em frente é o melhor restaurante de peixes da cidade
(“ce resto d’en face est le meilleur resto de poissons de la ville” –excusez-moi pour les exemples dignes de la méthode Assimil) se prononcera :
estchi restaourantchi em frèntchi é o melior restaourantchi dji peychich da sidadji.
Et pas de chichi !...

 

Non” en Français, No en Espagnol et No en Anglais, voilà au moins un mot sur lequel tout le monde s’accorde, jusqu’aux Allemands avec leur Nein, c’est tout dire. Et bien tout le monde... sauf les Brésiliens! Pour eux, no veut dire “au”.
No restaurante
ne signifie pas qu’il n’y a aucun endroit où manger dans ce putain de trou paumé mais veut simplement dire “au restaurant”.
De même, No Brazil n’a rien à voir avec No Futur.
Quoique...

 

No Brazil. Comment avez-vous dit ? Mais non !... En Brésilien le L en fin de syllabe se prononce OU. Tout comme le O en fin de mot.
Les Brésiliens vivent donc
nou braziou (no Brazil),
jouent au
fotchibohou (futebol),
mangent un
pratou feytou (prato feito) pendant l’aoumossou (almoço, le repas de midi) et,
heureusement, arrosent
toudou (tudo) d’une bonne cerveja bem gelada (“une bonne bière bien glacée”) !

 

 

Quelle différence entre le Brésilien et le Portugais ?... La même, paraît-il, qu’entre le Français et le Belge. Entre un accent léger et joyeux et ... (bon, ne soyons pas méchants avec les Belges). Les Brésiliens racontent d’ailleurs sur les Portugais... les mêmes blagues que nous racontons sur les Belges !

 


Vous en savez maintenant assez pour venir au Brésil. A condition toutefois de pouvoir comprendre et prononcer tout seul :

 

É muito bom viajar no Brazil. Você pode vir ! É muito facil, as pessoas são muito gentis, e você vai gostar de comer os piranhas do Pantanal ao almoço baixo o sol. Atencão aos jacarés !

 

É muitou baon viajarh nou Braziou. Vossè podji virh ! É muitou faciou, as pessoas saon muitou jentiss, i vossè vay gostar dji comerh ous piranias dou Pantanaou aou aoumossou baychou ou sohou. Atènçaong aous jacarés !

 

Ce qui veut dire :
C’est super de voyager au Brésil. Tu peux venir ! C’est très facile, les gens sont super, et tu vas adorer manger les piranas du Pantanal au déjeuner sous le soleil. Attention où tu mets les pieds (littéralement : attention aux aligators…) !

 

 

Chao a tudos   

(…
tchaou a toudouch) !!!

 

 


 

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