La pêche aux piranhas (BRESIL)

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O Pantanal


  ("ou Pantanaou")

 

 

Au sud-ouest du Brésil où il forme la frontière avec l’Etat du même nom, le fleuve Paraguay s’écoule lentement vers le sud. Après s’être uni au fleuve Paraná, il déversersera ses eaux, douces comme une carresse, dans le Rio de la Plata où elles iront se mélanger aux eaux salées de l’Atlantique. Ses eaux lui viennent des fortes pluies qui viennent de l’est et de l’Amazonie au nord, et qui buttent sur les contreforts andins de la Cordillère merveilleuse. Le fleuve Paraguay traverse le Pantanal, une région plate comme une table et grande comme la France, immense plaine alluviale éperdument plate et verte, et courrue par d’innombrables rivières bordées d’arbres et qui, toutes, se jettent dans le Paraguay paresseux. Le Pantanal est si plat et le fleuve Paraguay si lent qu’il leur faudra 6 mois pour rendre à la mer les eaux de la saison des pluies : le Pantanal est innondé la moitié de l’année. Ce qui en fait un des écosystèmes parmi les plus riches du monde. On y trouve des centaines d’espèces de poissons et d’oiseaux, des serpents et des aligators, des loutres et des Aras bleus, des toucans, des loups, des jaguars... et même des pirañas.

 

Pendant longtemps le fleuve Paraguay fut la seule voie d’accès au Pantanal. Bien qu’empruntée dès le 16ème siècle par les Bandeirentes, ces aventuriers portugais venus de l’est et qui s’enfonçaient dans les terres à la recherche d’or et d’esclaves, elle laissa  la région isolée jusqu’au début du 20ème siècle. Et jusqu’à il y a seulement 10 ans, date où fut construite une nouvelle route goudronnée, le Pantanal n’était traversé que par une piste en terre. Chaque année, pour mettre le bétail à l’abri des inondations, les cow-boys rassemblaient un convoi de dizaine de milliers de bêtes et s’en allaient avec des charriots de western chercher refuge à quelques dizaines de kilomètres. Il leur fallait 26 jours de marche sur cette piste de terre pour arriver à destination. C’était il y a 10 ans. Aujourd’hui cette piste est devenue la voie d’accès des touristes à la réserve écologique de renommée mondiale qu’est le Pantanal.

 

 

 

C’est bleu et ça vole… C’est Superman ?

 

 

Non, c’est un couple d’Aras Bleus qui vient survoler la jeep pour observer les intrus que nous sommes. Environ un mètre de long et plus d’un mètre d’envergure, le plumage d’un bleu intense et qui vire sur le noir, ils font un large cercle dans le ciel et reviennent voler 3 mètres au dessus de nos têtes. Alors, comme des marchands de sable célestes, ils déposent dans nos yeux éblouis la poudre d’or de leurs jacassements nasillards…

 

Le Tuiuiú (dites Tou-you-you) est un grand échassier d’1 m 50 au plumage blanc, au long bec et et cou enflé noir et rouge. Symbole du Pantanal, il est assez commun et on le voit facilement. Mais avec ses 2m40 d’envergure, le voir en vol, immense dans le ciel, reste un spectacle dont on ne se lasse pas.


Pourtant, le plus éblouissant du ciel du Pantanal est sans conteste le Toucan, qu’on peut voir avec un peu de chance. Plus petit que je l’imaginais, avec son bec orange-et-jaune démesuré par rapport à son corps (20 cm pour 40 cm), le voir est à chaque fois un moment d’une grande émotion.

 


 

 

La pêche

 

 

La première fois que j’ai vu des pirañas, ce devait être dans Tintin, ou dans un Tarzan avec Johnny Weismuler. Un de ces trucs qui pénètrent dans les rêves des gosses et qui y laissent l’empreinte d’un Monde à la fois terrifiant et captivant. Quelques années plus tard, j’étais encore trop jeune pour aller voir le film Pirañas que l’industrie du cinéma avait fait à la hâte après le succès inattendu des Dents de la Mer. Les pirañas étaient alors pour nous le symbole d’un monde sauvage et lointain, fascinant sans aucun doute, où pour une fois les petits poissons mangeaient les gros… et même les humains. Et l’on restait terrifié à l’idée qu’il leur suffisait de quelques minutes (certains disaient quelques secondes) pour dévorer un homme et n’en laisser au fond de l’eau qu’un squelette blanc comme neige.

 


Cette fois-ci, c’était différent. J’avais passé la trentaine, j’étais arrivé au Pantanal dans une jeep bourrée d’Allemands, d’Hollandais et d’Anglais, j’avais vu les photos et payé mes 300 Réals : les pirañas n’avaient qu’à bien se tenir ! Car ce matin, c’est l’activité Pêche…


 

Ça fait trois jours qu’on nous en parle. Qu’on nous raconte qu’il y a trois ans un homme s’est fait dévorer en moins de deux parce qu’il était tombé d’un bâteau après avoir reçu un coup de couteau. Et on nous raconte ça juste avant l’activité Baignade (“mais non, ça risque rien si vous ne saignez pas…”). N’empêche, ils sont là, ils sont partout, ils sont voraces. Le groupe qu’on a croisé en arrivant en a pêché, mangé, et nous a fait goûter. Et il faut dire ce qui est : c’est délicieux, un vrai régal. Alors ce matin, on va leur en donner du sang, de la viande, une bonne grosse boulette plantée dans l’hameçon et on va les voir se jeter dessus, ça va pas faire long feu tu vas voir.

 


Sauf que oui mais. D’abord, il se passe rien. Tout ce que tu sens, c’est que tu commences à cuire tout nu dans ton caleçon sous le soleil.
Puis tu te rends compte qu’effectivement “ils” attaquent ta boulette. Mais “ils”, ce sont des minuscules poissons fins comme des vers et hauts comme trois pommes. Les pirañas, les vrais, se font attendre. Ça devient vite chiant. Tu changes ta boulette. Tiens, une touche ! Mais pour le choper ma cache !… Quand ça fait deux heures que t’es là au bord de l’eau et que t’apprends qu’un Japonais féru de pêche, et venu tout spécialement (du Japon ?! nooon…) pour pêcher des pirañas, a passé hier 7 heures et a attrappé deux poissons, tu vas rejoindre les autres pour improviser une activité Volley. En passant tu lâches, persifleur, une vacherie du genre : “Vous pouvez vous baigner tranquilles, y a aucun risque...”

 

C’est à peine croyable mais le lendemain j’y retourne ! Et motivé par dessus le marché! Cette fois j’affine ma technique : je coupe des petits morceaux pour que la viande soit plus près de l’hameçon, je change régulièrement ma boulette pour une autre plus fraîche et après chaque touche je la replace bien près de la pointe acérée. Peut-être un peu sadique, mais ce matin, c’est un grand duel que j’ai lancé au monde fluvial. Plus d’une fois ces salauds arrivent à me bouffer toute la boulette, mais je m’en fous : c’est une lutte de longue haleine et je suis prêt à en payer le prix. Les touches sont fréquentes et je sais que mon heure va venir. Tout-à-coup, ça y est ! J’en ai un au bout de la ligne ! Ma canne en roseau fléchit (mais ne rompt point). C’est qu’il résiste le bougre, et c’est un gros ! Je tire, je tire, pour le ramener à la surface et savourer ma victoire. Quand soudain, venus des profondeurs, surgissent à la surface... deux gros yeux globuleux qui me regardent d’un air sévère. Je reste pétrifié : au bout de ma ligne, une gueule ouverte et pleine de dents... Je viens de pêcher un caïman !!!!!.



 



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