India Song

Décembre 2006

Voici donc un peu plus d’un mois que je traîne mes tongues sur le sol rêvé de l’Inde…
 
Le début ne fut pas des plus réjouissants, je m’y attendais mais la vie nous surprend toujours et ce n’est ni la misère ni l’étrangeté de la vie ici qui me mirent mal à l’aise. Beaucoup d’images déjà vues au Pérou, la même misère, les mêmes ordures flottant sur des eaux d’égouts nauséabondes dans lesquelles les cochons plongent leur groin avec délice, le même air irrespirable de gaz d’échappement…














Bien sûr aussi des différences, les rickshaw à velo (ah, c'est si triste de les voir peser de tout leur (maigre) poids sur les pédales), les vaches sacrées dans les rues, des temples hindous barbouillés de peinture orange et de papier alu à chaque coin de rue, et bien sûr, pas grand monde parlant espagnol. Et  aussi plein de monde, à Delhi , Jaipur, se découvrant tout d’un coup mon meilleur ami (come to my shop...).






























 
En France , j’avais regardé quelques livres avant de partir et en voyant le Palais des vents de JAIPUR (une magnifique façade rouge brique, en forme de pyramide, aux fenêtres concues pour que les femmes du palais puissent voir la rue sans être vues elles-mêmes) je m’étais écrié : je veux aller la-bas !
La façade existe bien, elle est rouge brique et en forme de pyramide... Mais la photo ne montrait pas qu’elle est comme un navire échoué au milieu des immondices, qu’elle surnage dans une rue de bazar grouillante de monde, de saleté et de mototaxis qui empuantent l’atmosphère de leurs klaxons et de leurs nuages suffocants de gaz d’échappement.















































A Pushkar, autour d’un lac sacré, les brahmanes arrogants vous forcent à prendre quelques pétales de roses pour les jeter en offrande dans l’eau du lac. Après c’est : “Vous allez direct à la banque, vous passez par la case départ et vous déboursez les 20.000 !”

Les gamins vous demandent de leur payer un chapati, une galette de blé qui coûte 2 roupies. Alors bien sûr, on va pas refuser. Mais le gosse vous entraîne chez le marchand pour vous faire acheter une "boite de farine pour chapati" qui coûte… 160 roupies… et qu’il revendra au même marchand 5 minutes plus tard.






Dès lors je savais que je ne pourrais pas continuer mon voyage en allant d’une ville touristique à une autre ville touristique. Voyager en bus d’une ville à une autre, je l’ai suffisament fait en Amérique du sud, et je connais trop bien la frustration de passer dans des endroits fabuleux… sans pouvoir s’arrêter. C’est à ce moment que j’ai décidé d’acheter une moto. A partir de cette décision conforme à mon karma, tout a commencé à devenir royal. J’ai commencé à faire de très belles rencontres, à vivre de très beaux moments, et j’ai commencé à vraiment me régaler sur la route. Aujourd’hui quand les Indiens me demandent comment je trouve l’Inde, je réponds : "Every day better !" C'est ma devise...
 















Bien sûr on m’a dit que circuler à moto en Inde était suicidaire. Après 15 jours d’essai, je dirai pour ma part : la moto est la meilleure facon de voyager en Inde (devise n.2) … 
 
















Bien sûr il faut comprendre les règles locales de circulation, mais une fois qu’on les a intégrées, c’est un vrai régal.
Car contrairement à ce qu’on peut croire, la circulation n’a rien d’anarchique mais obéit à des règles, et je m’amuse sur ma moto à essayer de les répertorier :


règle n. 1 : on partage la route
   (ça veut dire entre voitures, camions, vélos, motos, piétons, mais aussi teuf-teuf faisant office de bus, chars-à-boeufs, vaches nonchalantes, chèvres, chiens, chameaux, parfois éléphant).
Je disais à un ami indien : "en France , s’il y a une vache sur la route, il y a immédiatement 10 flics qui arrivent en courant. Ici, c’est plutot s’il y a un flic qu’on va voir débouler 10 vaches hilares". Il m’a repondu une chose qui m’a aidé à bien integrer la règle n.1 : “Nous, ici, on vit ensemble”.

























règle n.2 : ca passe !
On a vite fait d’oublier les insultes envers celui qui te rase (gratis) en te doublant, ou qui déboîte dans un virage. Ca passe…
Je vous rassure, quant à moi je roule un peu à l’européenne (“oui ca passe peut-etre, mais bon…”)


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règle n.3 : priorité au plus gros.
L’autre se pousse et s’écrase (ou alors... il s’écrase).


règle n.4
, qui découle de la regle n.3 : les bas-côtés ne sont pas faits (seulement) pour les chiens. Ils sont faits pour les piétons, les vélos, les motos, voire les camions s’ils croisent un troupeau de chameaux. T’en prends ton parti et t’apprécies les amortisseurs de ton engin, pas même tu penses à traiter l’autre de connard.

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règle n.5 : tuuuuuuuuuuuuuuuutttttttttttttttttttttttt !!!!


Je crois que ces 5 règles suffisent pour vivre la route en Inde dans une espèce d’harmonie (j’ai failli écrire “dans la plus parfaite harmonie” mais quand même y a des limites).
 
 

Rouler la nuit, là oui, c'est vraiment dangereux. Ce n'est pas une légende que les camions roulent à tombeau ouvert sans aucun éclairage. Pas mieux éclairés ne sont les piétons qui marchent joyeusement sur le macadam dans la nuit noire et qu'on découvre à 5 mètres. Quant aux camions qui ont des lumières, c'est pleins phares dans la gueule. Ils doivent toujours se demander pourquoi il y a deux positions de feux. Sans doute pour les myopes qui voient mal de près, mais comme ici personne ne porte de lunettes, donc : pleins phares ! Si vous conjuguez ça avec une vache en train de se demander au milieu de la route si c'est Kant ou Hegel qui a écrit l'Encyclopedie de la Raison pure, vous aurez compris ma devise n.3 : "Qui voyage en Inde à moto, de nuit, aura beau ménager sa monture, il n'ira pas loin !" Non, vraiment, je l'ai fait une fois et je fais désormais tout pour l'éviter (trop peur de léviter !).

Il est vrai qu'en ville aussi la conduite est assez sportive mais c'est moins dangereux de rouler à moto que de traverser la rue a pieds. (Enfin, j'espère...)

 
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Jusque là mon voyage s'est placé sous le signe des empereurs moghols (16-17ème s) dont le grand empereur n'etait pas Mongholito, mais Akbar qui était un type vraiment impressionnant et intéressant, un genre de Louis 14 en turban (ça vous change un peu de Sargolène). Ainsi que Shah JAHAN qui a fait construire le fameux Taj Mahal en hommage à sa femme adorée morte en couches.
 
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Peut-être que l'ambiance va changer puisque je me dirige vers Mathura, où naquit Krishna, et le village voisin, que Krishna protégea du déluge en portant au dessus de lui une montagne à bout de bras en guise de parapluie pendant 8 jours. Pour le moment je n'ai pas senti la spiritualité comme flottant dans l'air, ainsi qu'on m'en avait parlé,  mais peut-etre à Varanasi, plus connue chez nous sous le nom de Bénarès, le Gange, les crémations, les sadhus (sages) aux peintures de cendre sur le front.... On verra.
 
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