



J’ai trouvé l’or de l’ELDORADO
C’est mon amie Karen qui m’a donné l’envie d’aller passer quelque temps chez les indiens Warao du Delta de l’Orénoque. Karen, qui est guide touristique au Vénézuela, m’a dit : “Je connais un campement touristique tenu par Angel. Pour y aller il te faudra trouver un bateau à BOCA DE URACOA. Depuis ce campement, essaie de te faire amener dans la communauté JAUNA qui se trouve encore plus loin . Ce sont des gens adorables qui vivent simplement et t’accueilleront sans aucun doute. Si tu arrives jusqu’à eux... Je ne peux pas t’en dire plus.”
C’est avec ces informations (ténues mais précieuses) que je pars à l’aventure dans l’intention de me faire accepter et de vivre parmi les Warao.
Il n’y a pas grand-chose à BOCA DE URACOA quand j’arrive un dimanche à 8 H du mat. A part quelques vendeuses d’empanadas huileuses pour le petit déj typique des Vénézueliens, tout est fermé. Mais j’aperçois au loin un attrouppement et de l’animation. Une vingtaine de paysans, cow-boys à cheval ou femmes échevelées, poussent les hauts-cris pour convaincre un troupeau de zébus de traverser le fleuve. Ils mènent une centaine de bêtes vers les paturages d’été sur l’autre rive du fleuve. Cela arrive une fois par an, dure 15 minutes. Et je suis là pour assister à ce spectacle !...
J’explique que je voudrais aller vers des communautés indigènes. Un vieux appelle un garçon, qui m’y mènera sans difficultés avec sa barque à moteur. Je découvre les rives du fleuve, les tapis verts de plantes aquatiques, les maisons sur pilotis des Warao. Le vent de l’aventure fait frissoner mes cheveux. Au bout d’une heure nous débarquons dans une communauté qui me laisse un goût de lassitude au fond de la gorge. Malgré le sourire et l’accueil chaleureux du vieux chef, je ne peux pas avoir de vrai plaisir à marcher parmi ces alignements de maisons de tôles, au sol souillé de détritus. Je me demande ce que je fous ici. Non je n’y passerai pas la nuit.
Le jeune m’amène alors un peu plus loin, dans un campement touristique. A quelques centaines de metres à peine, tout est si différent ! De jolies fleurs en pagaille, un bel auvent au toit de palmes, et un vieux souriant qui prépare sa cigarette en enroulant des longues feuilles de tabac dans une feuille de palmier qu’il vient de découper de l’arbre avec sa machette. Après les premières palabres je lui demande s’il connaît un campement touristique tenu par un certain Angel. “C’est moi…” Je viens, sans même le savoir, de franchir le premier pas vers ces Waraos que Karen aime tant.
Il me faut négocier pour trouver quelqu’un qui m’emmène jusqu’à la communauté Jauna qui se trouve à 3 heures en barque à moteur. On veut bien me proposer un “tour de 2 nuits” pour un prix prohibitif. Habitué à conduire des groupes, c’est la première fois qu’ils emmènent quelqu’un seul. Comme c’est la seule solution que j’ai pour m’approcher, j’accepte. Je verrai sur place pour rester plus longtemps. J’emporte avec moi 7 kg de farine et un beau coquillage pour me faire accepter.

Je suis déçu le soir quand on me fait dormir dansd un campement touristique à quelques centaines de mètres de la communauté Jauna. Mais durant les 2 jours suivants je sympathise avec Julian, le chef qui nous accompagne pour servir de guide. Il m’enseigne les secrets de la forêt et du fleuve, et à faire du feu avec deux bouts de bois.
En route nous nous sommes arrêtés dire bonjour à une famille. Immédiatement je me sens super-bien dans cet endroit, dans cette maison sur pilotis au plancher de rondins baignée par le sourire immensément radieux de cette famille. En plaisantant ils se disent en Warao que je pourrais rester ici un mois ! Moi je ne plaisante pas et saute sur l’occasion pour dire que oui, sans blague, s'ils sont d’accord moi je veux rester ici quelques jours. Il faudra que je remette ça sur le tapis plusieurs fois dans la journée pour que Julian comprenne que je parle sérieusement. Au moment de repartir je les prends entre 4 zyeux : je veux qu’on retourne voir cette famille, je ne rentrerai pas.
J’ai trouvé l’or de l’Eldorado... Cet or qui a poussé les Conquistadores à remonter toujours plus loin ces fleuves qui se noyaient dans la forêt tropicale, le voilà : ce n’est pas le métal précieux dont on fait les bijoux, c’est cette famille. Cette simplicité, ces sourires, cette vie de Liberté au bord du fleuve, cet Amour qui se dégage à chaque instant de cette famille harmonieuse, qui m’accueille comme quelque chose de parfaitement naturel.
Je vivrai quelques jours chez eux, à partager leur vie (parfois difficile), à faire une heure de pirogue pour aller travailler à la plantation, à manger de la soupe de ragondin, ou des poissons dont on suce les arrêtes parce qu’on sait le prix de la faim, à me régaler du spectacle des aras en vols, à poursuivre les enfants à la nage en riant de bon coeur. Et aussi à apprendre à lire à la plus grande fille, à dépenser tout mon fric pour acheter de la bouffe sur les bateaux ambulants (quand je suis arrivé il ne leur restait que 3 kg de farine), à leur offrir une machette ou un DVD de Mickey Mouse qui fera rire toute la famille (ils ont un petit groupe électrogène et un lecteur DVD).
Je resterai aussi quelques jours dans la famille de Julian (8 enfants, 20 petits enfants). Là, en plus de Julian, je sympathiserai très fort avec son gendre. Je lui apprendrai à compter au delà de 1.000, à multiplier par 10, et même la soustraction à retenue. Tout en discutant il taille un morceau de balsa qu’il vient de couper à la machette. Quand il a fini il me tend un splendide dauphin : “C’est pour toi.” Alors je lui demande s’il a déjà entendu parler de la tour Eiffel et à ma grande surprise me dit qu’il l’a déjà vue sur une photo qu’un touriste a offert à Julian. Alors à mon tour... je lui taille une petite tour Eiffel en balsa !

Tout ce que j’ai partagé avec eux, il me faudrait des pages pour le dire, mais vous pourrez le comprendre en regardant les photos. Le premier diaporama illustre ma découverte du fleuve et la famille de Julian. Le second diaporama retrace des scènes de la vie quotidienne dans ma famille en or.
Un soir, au bord du fleuve, je me dis : “C’est tellement simple d’être ici. Tellement simple... Et pourtant ce ne fut pas évident. Il aura fallu que je parte à l’aventure avec 7 kg de farine et 2 noms en poche, que j’en réchappe d’une attaque de bandits armés, que j’accepte de me faire arnaquer pour qu’on me conduise jusqu'ici, que je mange un vers vivant gros comme mon petit doigt, que j’insiste plusieurs fois pour qu’on ne me rembarque pas après le “tour de 2 nuits”. Et pourtant tellement simple. D’être ici. Chez des gens qui si vite, et si fort, font dérsormais partie de mes meilleurs amis.”












