A peine arrivé à Panama City, j'ai commencé à me sentir mal et malgré les 30 degrés de la nuit, j'ai dormi avec des frissons sous un pull. Le lendemain matin, je veux aller voir les écluses du canal de Panama, mais à 8 h du mat la chaleur est déjà terrible. Et avec ma fièvre, il m'est même carrément impossible de marcher. Je voudrais bien rester allongé, mais comme j'ai déjà acheté mon billet, il me faut bien monter dans le bus coûte que coûte et pour 16 h de voyage. Pas de climatisation, je mijote dans la cocote ambulante et je reste en chien de fusil sur le fauteuil, je ne descends même pas pendant les pauses, trop fatigué et trop mal. La Panaméricaine est une belle 2 x 2 voies, large et bien entretenue. Le paysage est d'un beau vert-forêt tout au long de la route. J'en profite à peine...
Passage de la frontière avec le Costa Rica à minuit. Douaniers, passeports, taxes à payer, fouille des sacs... Arrivée à San José à 4 h du mat. Trop claqué pour prendre une correspondance que je devrais aller rejoindre en taxi à l'autre bout de la ville, je reste quelques heures dans un hôtel. Un peu mieux, je repars le matin vers le Nicaragua. Arrivée le soir à la frontière Quand j'ai terminé les formalités (payantes elles aussi) il fait déjà nuit et la dernier bus est parti. Taxi...
Dans cette petite ville du Nicaragua, la chaleur est encore plus forte. Même à l'ombre, je rôtis. "On est en hiver, me dit quelqu'un, bientôt il va faire plus chaud." Quelle horreur !!...
Je bois un jus d'orange sur le marché. En face de moi une façade jaune, devant laquelle un étal présente des bassines bleues, des seaux oranges, des gamelles en alu. Les gens passent et je regarde le mélange des races. Nombreux ont des airs d'espagnols d'avant la guerre civile, de l'Espagne rurale, andalouse. Mais avec la peau caramel. Ce petit vieux à moustaches avait des ancêtres dans un village aride du sud de l'Espagne, c'est sûr ! Mais aussi d'autres dans un village de huttes de la forêt nicaraguayenne. Cette mémé au visage indien porte les robes et les mantilles des vieilles femmes qui ont passé l'âge de danser le flamenco. Quant à celles qui ont encore l'âge, qu'est-ce qu'elles sont jolies ces jeunes nicaraguayennes ! Un jeune type caramel et cheveux gominés, en polo et jean, passe avec un dossier sous le bras, le type même du gars d'ici, métis indéchiffrable. Ils sont nombreux à passer en vélo, depuis le jeune en maillot de foot jusqu'au père de famille qui revient du boulot. Sans compter tous les vélos-taxis qui transportent les passagers sous leur ombrelle.
Quand j'arrive à l'autre ville, je suis complètement shooté par la fièvre. Le lendemain je vais voir un médecin, j'ai plus de 40 de fièvre, la tension extrêmement basse. Il me donne des antibio, des tas de trucs, et des sels réhydratants. Au début c'est bon, puis à partir de la troisième fois, chaque gorgée me donne envie de vomir. La chaleur est accablante. Je peux à peine sortir, pour marcher au milieu des vendeurs ambulants, des handicapés, des enfants mendiants, des vendeuses de bananes. Même la nuit n'arrive pas à couper la chaleur, même l'averse. Le moteur du ventilateur chauffe plus la chambre qu'il ne la rafraîchit. Il m'apporte un souffle chaud en pleine face, pire encore que la pesanteur à laquelle il est impossible d'échapper.
Je resterai 4 jours dans ces conditions, incapable de quitter cette chambre dans laquelle pourtant il est impossible de respirer. Analyses de sang. La fièvre baisse, mais la pression sanguine aussi, le médecin me prescrit une perfusion. Je passe dans l'arrière-boutique de la pharmacie, qui sert à la fois de cabinet médical et de cuisine familiale. "Vous allez vous sentir de mieux en mieux avec la perfu" me dit l'infirmière (enfin, la femme du docteur). Mais rien n'y fait, je me sens toujours aussi mal. Moi qui ai horreur des aiguilles, je n'ose même pas regarder ma main dans laquelle est implanté le petit tube attaché par des pansements.
« Mon Dieu mais qu'avez-vous fait ??!! Vous avez bougé !! » s'exclame l’infirmière. Non je n'ai pas bougé, mais quand même l'aiguille s'est déplacée. Ma main a doublé de volume. J'ai au bout du bras une battoir de 8 cm d'épaisseur, sans exagérer. Je m'effondre en peu plus... Elle me met de la glace et me plante là. Une demi-heure plus tard, le médecin repasse. "Pourquoi ne terminez-vous pas votre perf ?, me demande-t-il, il vous en reste encore la moitié." L’infirmière a retiré l'aiguille et m'a laissé là comme ça. Il me reprend la tension, rien n'a changé, elle est vraiment très basse. Et je suis vraiment très mal. Alors rebelote pour l'autre moitié de perf dans l'autre main. Une demi-heure plus tard, effectivement je me sens mieux. Je peux repartir dans ma chambre, m'effondrer sur le lit et suffoquer dans l'air lourd et chauffé à blanc. Encore une fois, ni la nuit ni l'averse ne parviendront à faire baisser la température de l'air.
Le lendemain, j'ai encore le vertige mais je prends le bus quand même De nombreuses heures de bus, des changements, encore une frontière (passage au Honduras) m'éloignent peu à peu de la chaleur tropicale, tandis que la fièvre finit par se rendre. Comme c'est bon de se sentir normal !!! Ca fait 8 jours que je me traîne dans un état hypnotique et vertigineux.
Voila, c'est ça aussi le voyage, parfois. Et dans ces moments, je peux vous dire qu'on ressent comme une drôle de grande solitude...